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Vagabondages - La VieQui oserait, un jour, dire qu'il a gravé un sentiment dans le marbre ?
Qui pourrait, un jour, dire qu'il ne trahira jamais ? Peut-on mentir en regardant droit dans les yeux, sans se mentir à soi-même ? Est-ce qu'un Amour véritable peut se vivre dans la clandestinité ? La Vie est capricieuse, et joue souvent des tours lorsqu'on baisse la garde. La Vie est farceuse, et parfois malicieuse, qui propose des choix lorsque le chemin que l'on suit n'avait qu'une seule voie. La Vie est merveilleuse, qui ramène et fait se rencontrer des âmes égarées. Je pensais, bien simplement, la Vie joueuse, ne donnant à chacun qu'une seule fois sa chance. "Tu prends, ou tu passes... ?" est un bien cruel dilemme lorsqu'on n'est pas prêt. Beaucoup pensent que la chance ne passe qu'une fois pour atteindre ses rêves. Et pourtant, il faut bien se décider... Car l'effet "papillon" a parfois des conséquences étranges, et l'onde qui nous touche n'est pas sensée revenir à l'infini... "Le train démarre. Tu montes ou tu restes à quai ?" Mais jamais ce train n'indique sa destination. Bonheur, déception, joie, désillusion ? Qui peut dire à l'avance que le choix qu'il fait est le bon ? Peut-on avancer lorsqu'on a que des certitudes ? La solution est-elle de prendre un express ou un omnibus ? De nos erreurs et du fait qu'on les assume, il est vrai qu'on apprend le plus... Mais n'y a-t-il que cette voie ? Car il arrive souvent que, à force de prendre des coups, on pense plus à s'en protéger que de continuer à se battre. On se construit une carapace, ne laissant passer que des certitudes acquises, maîtrisées. Et c'est bien trop souvent à ce moment que l'on rejette tous les autres choix, oubliant de vivre l'instant présent. Carpe Diem. La Vie est joueuse, disais-je, car elle ne propose jamais qu'un seul choix. Elle remet tant qu'il faut l'ouvrage devant nos yeux. Mais la carapace, et cette capacité que nous avons de faire la tortue ou le hérisson, en fonction de notre caractère, fait que nous ne voulons plus avancer, faire de choix qui pourraient, une fois encore, nous faire mal. Alors nous fermons les yeux, le corps et le cœur ; nous devenons sourds à toutes les sirènes, s'accrochant tel Ulysse au mât d'un navire dérivant sur le courant... "Laissez-moi en paix. Je veux vivre tranquille, loin de vos chimères." Mais, là encore, un dernier choix s'impose. "C'est ton dernier mot... ?" nous murmure la Vie en nous taquinant, avant de rendre son verdict. Et lorsqu'on répond "Oui, c'est mon dernier mot", elle nous dévoile des bribes de ce que notre futur aurait pu être. Des bribes seulement. Et alors, la Vie, dans un dernier clin d'œil, nous laisse avec un ultime choix : regretter ou avancer. Le jeu de "Quitte ou Double" est un jeu bien innocent, mais il est très pervers quand c'est la Vie qui tient le rôle de l'animateur... Regretter vient à rajouter une épaisseur de plus sur la carapace qu'on porte déjà. Et plus elle s'épaissit, plus elle devient lourde, pesante, un fardeau dont on ne peut jamais se défaire entièrement. Ne pas regretter, continuer à avancer, peut mener, par ailleurs, à se forger une expérience. Mais attention ! Car cette expérience peut nous amener à faire des choix, prendre des décisions, mais de manière réfléchie. Oublié, l'instinct qui nous guide. On part sur des choix construits à base de clichés, de figures imposées. Aux oubliettes, les sentiments qui pourraient infléchir nos décisions ! Cadenassées, les envies de changements ! On part dans une logique de statisticien. Certes, quelques individus échappent à ce classement restrictif. Et il arrive qu'à ceux-ci, la Vie, bonne et généreuse, représente des choix. Il arrive qu'elle remette en présence deux protagonistes et leur repropose un choix déjà évoqué par avant. "Changez-vous d'avis, maintenant que vous avez eu un aperçu des conséquences de votre décision, ou restez-vous dans votre choix antérieur ?" Il arrive qu'on ne veuille pas changer, qu'on persiste et signe définitivement le contrat. Les conditions du choix sont rarement les mêmes, l'environnement différent. Mais la nature du choix reste, quant à elle, inchangée. L'onde de l'effet papillon, qu'on pensait loin derrière nous, est quelquefois suivie de ce qu'on appelle, en radio, une "harmonique". Certains qui subissent ce phénomène ont l'impression de vivre une distorsion de l'espace-temps. "Mais c'était hier, ou... il y a combien de temps ?" Les mots, les couleurs, les envies sont les mêmes qu'au préalable. Le choix se représente à eux comme si la Vie voulait leur accorder une "seconde chance". "Vous avez fait un choix, il y a longtemps. Je vous ai montré des bribes de votre vie. Voulez-vous changer d'avis, maintenant ?" Sauf que ce n'est pas des parcelles de notre vie, mais bien un pan entier d'une vie qui s'est écoulé depuis... "Alors, servi ou carte ?" La vie est un jeu de poker. Le donneur est honnête, mais parfois fallacieux, et bien souvent aussi joueur comme ceux qui sont assis autour de sa table. "Bluff, ou pas ? J'ai la main gagnante, ou vais-je perdre tout, jusqu'à mon âme ?" On regarde, on observe l'autre, on évalue ses propres chances et... on joue. A pas feutrés, tout d'abord. On observe, attentif à chaque geste, chaque parole. On ne veut plus faire d'erreur car on a encore les stigmates du choix précédent. On se dit qu'on risque gros : la Vie n'est pas là pour les petites mises. Et si le choix se représente, c'est que la cagnotte est de taille. Donc, jouons serré. Jouons serré ou abandonnons la partie. Il faut jouer pour gagner. Tant que le jeu dure, le choix n'est pas entériné. Du moins peut-on le penser. Mais parfois, on se réveille pendant la partie, découvrant que, depuis le départ, le choix est fait et qu'on joue encore... Car la partie est tellement plaisante qu'on ne veut plus l'arrêter. C'est à ce moment-là qu'on découvre que la Vie est joueuse, qu'elle est diablement séduisante et terriblement taquine. Car la Vie nous propose des choix qui, parfois, n'en sont pas. Elle confronte à nouveau certains protagonistes, non pas pour qu'ils aient un choix à faire, mais parce qu'il est temps pour eux de faire enfin le bon... Alors, peut-on graver un sentiment dans le marbre ? Non. Car seule la Vie sait ce qui nous attend, ce qui est Nous. On croira au Destin, on dira qu'on peut le contrôler. Il n'en est rien. Il n'est pas de Destin, mais il n'est pas non plus de contrôle de sa vie. Il est une suite de choix, plus ou moins heureux. Des choix qu'on fera en fonction de circonstances, en fonction de ressentis. On les vivra heureux, voire les assumera plus ou moins bien. Mais, en définitive, tout restera Vie. Le jeu est bon. Les intentions louables. Mais Vivre... Vivre pour l'autre, vivre pour soi. Vivre pour donner et recevoir. Vivre pour échanger et partager. La Vie, c'est ça. © 04/06/2010 - Hervé Garcia ![]() Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Date de création : 09/06/2010 @ 17:22
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